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Appels à quitter le Mali : Bamako prête à déclarer des expatriés « persona non grata »

Appels à quitter le Mali : Bamako prête à déclarer des expatriés « persona non grata »

Face à plusieurs équations à résoudre à court terme, Bamako opte pour la ligne dure de l’isolement. Face aux indiscrétions et appels de certains pays, Bamako active la réciprocité diplomatique et défend la souveraineté de l’État malien. Le gouvernement de transition du Mali a annoncé, ce 10 novembre, sa nouvelle mesure diplomatique.

« Tout ressortissant d’un pays ayant officiellement demandé à ses citoyens de quitter le territoire malien sera désormais considéré comme persona non grata dès son départ effectif » évoque la note gouvernementale.

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Cette mise en garde de Bamako, présentée comme une réponse de souveraineté, s’impose aux autorités de Bamako alors que plusieurs pays occidentaux dont la France, l’Allemagne, l’Italie, le Canada et les États-Unis, ont récemment appelé leurs ressortissants à quitter le Mali en raison de la dégradation sécuritaire. Dans un communiqué signé par le ministre de l’Administration territoriale et porte-parole du gouvernement, le général de division Abdoulaye Maïga, Bamako a évoqué « le principe de réciprocité diplomatique » et la nécessité de « préserver la dignité de l’État malien ». Les autorités ont rappelé leur attachement à des relations internationales saines basées sur le respect mutuel et la non-ingérence dans les affaires internes.

Appels au départ et montée de l’insécurité

Depuis la fin octobre, plusieurs gouvernements ont mis en garde leurs ressortissants contre la situation sécuritaire au Mali. L’Allemagne et l’Italie ont été les derniers, le 30 octobre, à recommander un départ rapide, emboîtant le pas aux États-Unis et au Canada. La France a, à son tour, conseillé à ses ressortissants de « quitter temporairement le pays » le 7 novembre, dans un contexte de menaces croissantes sur les civils et les infrastructures. Le Mali traverse en effet une période critique. Depuis septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, a instauré un blocus pétrolier sur le territoire. Les convois de camions-citernes sont régulièrement attaqués, provoquant incendies, enlèvements et morts parmi les chauffeurs et les soldats qui les escortent. Ces attaques ont plongé le pays dans une crise énergétique sans précédent.

Appels à quitter le Mali : Bamako prête à déclarer des expatriés « persona non grata »
Appels à quitter le Mali : Bamako prête à déclarer des expatriés « persona non grata »

Les longues files d’attente devant les stations-service et les coupures d’électricité récurrentes, notamment à Mopti et dans le centre du pays, traduisent la gravité de la situation. Le manque de carburant affecte directement la production d’électricité, mais aussi les activités économiques et les services essentiels. Dans plusieurs villes, les transports sont ralentis, les prix augmentent et les tensions sociales s’intensifient. Ce blocus, qualifié de « djihad économique » par plusieurs observateurs, vise à étouffer l’économie malienne. Selon le Timbuktu Institute, le JNIM a adopté une stratégie visant à « asphyxier le pays par la pénurie ». Le carburant, indispensable à la fois pour les forces armées et pour la population civile, est devenu une arme stratégique entre les mains des groupes armés.

Une diplomatie de réciprocité et d’affirmation nationales

Face à ce contexte labyrinthe, le gouvernement malien cherche à réaffirmer sa souveraineté sur le plan diplomatique. La décision d’étiqueter comme persona non grata tout ressortissant d’un pays ayant retiré ses citoyens du Mali montre la volonté de Bamako de répondre coup pour coup aux gestes jugés hostiles ou paternalistes. Cette mesure pourrait être perçue comme un message politique adressé à la communauté internationale. Depuis le retrait de la force française Barkhane et celui de la MINUSMA, le pouvoir de transition cherche à repositionner le Mali comme un État indépendant dans ses choix stratégiques. La rupture avec les partenaires occidentaux traditionnels s’est accompagnée d’un rapprochement avec d’autres acteurs, notamment la Russie, qui fournit aujourd’hui un appui militaire et logistique à Bamako.

Le JNIM ne se limite plus aux attaques militaires ; il cherche désormais à paralyser le fonctionnement du pays en ciblant ses nerfs vitaux : carburant, électricité, commerce.

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Dans ce climat, les appels au départ des ressortissants étrangers ont été interprétés par le gouvernement comme une forme de pression diplomatique. En réponse, Bamako brandit la réciprocité comme un outil de souveraineté. Pour les autorités, il s’agit moins d’une rupture que d’une clarification des relations. Le communiqué précise d’ailleurs que « cette décision vise à garantir la cohérence des relations diplomatiques et à préserver la dignité de l’État malien ». Derrière ce ton ferme se cache une inquiétude réelle de l’isolement progressif du Mali sur la scène internationale. L’économie du pays reste vulnérable, dépendante de l’importation de produits essentiels, et le retrait des partenaires occidentaux pourrait accentuer cette fragilité.

Le « djihad économique », une nouvelle arme contre Bamako

Sur le terrain, la situation humanitaire et économique se dégrade rapidement. Le blocus pétrolier imposé par le JNIM a provoqué un effet domino. L’énergie, déjà rare, devient un luxe, et les entreprises tournent au ralenti. Les écoles, hôpitaux et services publics sont affectés par les coupures prolongées. Les transports interurbains sont désormais risqués, les routes étant fréquemment visées par des embuscades. Pour Timbuktu Institute, cette stratégie s’apparente à une « guerre d’usure économique ». Selon lui, « le JNIM ne se limite plus aux attaques militaires ; il cherche désormais à paralyser le fonctionnement du pays en ciblant ses nerfs vitaux : carburant, électricité, commerce ». Cette approche, inédite dans son ampleur, traduit une évolution du conflit au Sahel.

Le groupe djihadiste tente de priver l’État malien de ses moyens logistiques tout en fragilisant la confiance des populations dans les institutions. Le risque d’insécurité alimentaire grandit également. Le manque de carburant affecte la distribution des denrées et le fonctionnement des marchés ruraux.

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Dans certaines zones enclavées, les prix des produits de base ont doublé, accentuant la précarité. Face à cette situation, la population tente de s’adapter. Des initiatives locales émergent pour pallier les pénuries, mais les marges de manœuvre restent limitées sans un retour rapide à la stabilité. Dans ce contexte, les relations entre Bamako et ses partenaires occidentaux semblent vouées à rester tendues.

Le Mali reproche à certains pays d’entretenir une perception négative de sa transition politique et de ses choix sécuritaires. En retour, les chancelleries étrangères dénoncent une dérive autoritaire et l’opacité du pouvoir militaire.

La décision de Bamako d’appliquer strictement la réciprocité diplomatique, bien qu’elle puisse être symbolique, traduit un état d’esprit : celui d’un pays déterminé à affirmer sa souveraineté, quitte à se mettre en porte-à-faux avec ses anciens alliés. Cette posture politique séduit une partie de l’opinion nationale, qui y voit une forme de résistance face à l’ingérence étrangère. Mais elle insomnie chez d’autres Maliens, conscients que l’isolement diplomatique risque d’aggraver les difficultés économiques. Le Mali se trouve ainsi à un moment charnière : entre affirmation souveraine et nécessité de coopération, entre repli national et ouverture pragmatique. Comment concilier la défense de la souveraineté avec la gestion d’une crise sécuritaire et économique qui exige, plus que jamais, des soutiens extérieurs ? En déclarant persona non grata les étrangers dont les pays ont appelé au départ du Mali, Bamako continue de durcir sa politique de souveraineté.

S
Auteur — EBURNIE CI

Rédacteur sur EBURNIE CI (eburnie-ci.net) — tous ses articles sont réunis sur sa page d'auteur.

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